je vous parle d' un temps que bien peu d'entre vous connaissent

le temps d'une société prise dans ses convenances venues du fonds des temps, cette société que notre Brel commençait à dynamiter dans un gigantesque éclat de rire

une société de principes où tout était régi; on ne contestait pas alors la parole du patron, celle des rois (c'était encore la diarchie), on respectait monsieur le curé et on rasait les murs pour aller au temple

et l'instituteur du roi faisait respecter les bonnes manières et les régles établies; on était au régime sec, on devait s'habiller correctement, être propre et le cheveu court et net; une femme affichant les cheveux sur les épaules était taxée de "créature"

on ne contestait rien alors jusque...

 

jusqu'à ce que quatre chevelus (à peine sur les oreilles) n'ébranlent le dogme établi, que quelques uns ne les imitent timidement...et qu'il ne se passe rien, sauf l'indignation de la bienpensance privée et des parents

beatles

et c'est là que votre serviteur eut la révélation  que les dogmes étaient établis pour être trangressés, et l'irrépressible sentiment de l'oppression sociale du coiffeur

mais celà était impossible seul et étant enfant, jusqu'à la fin des petites classe du collège (chez les jésuites, voyons...)

 

puis, au début des annéees septante, ce fut le déferlement de pousse capillaire chez les jeunes gens, et on pouvait enfin s'autoriser les oreilles couvertes, du moins pendant ses études, parce qu'ensuite...

ensuite, c'était d'aller servir le roi, le pays et les brasseries (surtout elles) pendant un an de service militaire...et de passer à la tondeuse

et de me sentir mal dans mon image de moi, de ne pas me reconnaitre, et de forcer sur la gueuze pour effacer cette souffrance à l'identité, cette mutilation que je n'aurais consentie que  pour une femme, celle que la maladie m'avait prise

 

et à la sortie de cette expérience, il était temps d'entrer dans le monde  adulte

 

et ce furent les difficultés d'image exigée dans le monde des affaires, avec toujours ce sentiment de mutilation du moi profond

de devoir constamment censurer ma coiffure...et d'élastifier ma conscience

et alors, par un de ses revirements, la mode se mit à valoriser les cheveux, non plus à demi longs, mais totalement et en catogan avec cette fois une tolérance publique affirmée

 

et, enfin, j'ai pu sauter sur cette tendance et m'affirmer en tant qu'homme et chevelu, ce que vous connaissez de moi, et que je suis depuis un quart de siècle